Prod2-Grenoble : Tout en maîtrise et en intelligence

Frédéric PROTIN

Qui aurait pu imaginer un tel scénario quand on repense à ce match contre Colomiers ? Deux déplacements périlleux et deux victoires avec beaucoup de caractère ! Cependant, pour ces deux déplacements, les pronostics n’étaient pas favorables, et malgré tout, les Isérois ont réussi à les déjouer chez des adversaires qui ont parfaitement démarré leur saison par des victoires tonitruantes. Au cours du match contre Colomiers, comme l’a signalé Lucas Dupont : « nous avions abordé la rencontre sans avoir peur », les Grenoblois ont eu la possession du ballon, ont campé dans le camp des Haut-Garonnais mais se sont s’essoufflés à vouloir jouer quasiment tous les ballons à la main, sans doute pour faire plaisir au public et pensant que contre une équipe de Pro D2, cela suffirait à gagner. Sauf qu’après coup, le Top 14 n’est pas le Pro D2. Honteux et en colère contre eux, les joueurs ont su rapidement changer leur fusil d’épaule et travaillé autrement pour s’adapter aux nouvelles exigences du ProD2. Pour le moins que l’on puisse dire, le message a été reçu cinq sur cinq, ou plutôt deux sur deux ! Ce deux sur deux à l’extérieur fait vraiment plaisir et comble de bonheur les supporters du FCG.

Cette deuxième victoire, fruit de pragmatisme et d’intelligence dans la stratégie, montre qu’il s’est passé bien des choses dans la tête des joueurs depuis ce loupé inaugural le 23 août. Attention, tout n’est pas parfait loin de là, notamment dans la réalisation, il y a encore des réglages à faire pour corriger les scories.

Contre Carcassonne, le très bon jeu de pression au pied et la solidarité en défense ont permis la victoire malgré un nombre incalculable de fautes en tout genre : en-avant, pénalité grossière sur hors-jeu, pénalité en mêlée, deux cartons dont un rouge ! L’abnégation et le réalisme auront fait la différence ainsi que la qualité technique de certains joueurs. Contre les Provençaux, deuxième au classement après leur exploit à Mont-de Marsan et contre Perpignan à la maison, excusez du peu, Grenoble se présentait sur la pointe des pieds au stade Maurice-David et avec, cette fois, la peur au ventre. Redoutant le très bon rugby des Aixois, basé sur une très bonne mêlée, un très bon buteur et des attaquants en jambe, les Isérois ont pris conscience qu’ils devaient absolument améliorer leur contenu s’ils ne voulaient pas se prendre une nouvelle fois les pieds dans le tapis comme les Catalans l’avaient fait la semaine précédente dans les Bouche-du Rhône. C’était le message de Sylvain Bégon passé à ses joueurs dans la semaine. Message reçu cinq sur cinq !

Dès l’entame, les Grenoblois mettent la pression sur les Aixois dans leur camp les contraignant à se dégager au pied et donc, de redonner le ballon à l’adversaire. Belle aubaine pour ce dernier et le jeu au pied d’Enzo Selponi qui trouve une excellente touche à 10 m de la ligne d’en-but des Noirs. Toujours sous la pression des Grenoblois, les Provençaux n’ont d’autre recours que de renvoyer le ballon mais sans trouver la touche. Lucas Dupont sent le bon coup, passe le ballon à Gaëtan Germain qui transperce la défense en cassant un plaquage. Clément Ancely, qui a bien suivi, récupère la magnifique remise intérieure au cordeau de Gaëtan et file à grandes enjambées derrière la ligne. 7 à 0 au bout de deux minutes, cela ne pouvait pas mieux démarrer ! Cet essai, plein de maîtrise et de sang-froid, a refroidi très rapidement les ardeurs du public et des joueurs de Fabien Cibray, qui ont vite compris que Grenoble n’étaient pas venus en touriste pour manger les Calissons de Provence !

Cette action résume à elle seule la stratégie payante du FCG contre les Provençaux. Comme à Carcassonne, les Grenoblois ont exercé une très grosse pression sur leur adversaire les agressant intelligemment, mais cette fois, sans se mettre à la faute ! la défense a été royale par moment. Les rideaux défensifs totalement complémentaires empêchaient tout franchissement. Systématiquement, les attaquants ou autres porteurs de balle venaient butter sur une défense très réactive avec des joueurs très mobiles, se replaçant rapidement pour former la ligne, et surtout ne loupant aucun plaquage. Face à ce mur rouge et bleu, on sentait que les Aixois étaient perdus sur le terrain. Indéniablement, cette très bonne défense aura été une des clés du succès des Isérois.

Autre élément point positif, déjà vu à Carcassonne, c’est la qualité du jeu au pied. Le magnifique jeu au pied d’Enzo et de Gaëtan tout au long de la partie a coupé net l’élan des Aixois, les repoussant systématiquement chez eux, ce qui leur a mis le doute dans la tête. Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu un jeu au pied d’une telle qualité et parfaitement exécuté. Autre chose intéressante, c’est la complémentarité dans la stratégie du jeu au pied, Gaëtan, étant dans un registre de dégager son camp, logique puisqu’il est arrière, et Enzo distillant des très bons ballons d’occupation, logique, en tant que demi-d ’ouverture.

Depuis les deux premières rencontres, la mêlée malmenée et critiquée à juste titre puisque pénalisée à maintes reprises, a complétement rectifié le tir. Cette défaillance, qui n’a pas échappé à l’œil averti de Nicolas Zanardi, journaliste du midol, qui titrait dans son article d’avant match : « Grenoble, conquête à corriger ». Il écrivait vendredi dernier : « La mêlée du FCG ne présente pour l’heure pas les mêmes gages d’assurance à l’échelon inférieur. Le barrage contre Brive avait à ce titre levé quelques interrogations, que les premiers matchs contre Colomiers et à Carcassonne n’ont fait que confirmer. […] De quoi donner raison à ceux qui estiment qu’en terme de mêlée pure, la Pro D2 est supérieure au top 14 ».

Ayant échangé autour de ce problème avec Jean-Noël Perrin, il me disait que les premières lignes de Pro D2 jouent avec plus de vice, plus de roublardise, ce qui n’est pas toujours vu par les arbitres qui ne disposent pas de la vidéo. Il me signalait que ses joueurs doivent s’adapter aux nouvelles mêlées de Pro D2 si particulières ainsi qu’à l’arbitrage parfois totalement déroutant. Contre Aix, la première ligne grenobloise (Jacquot-Bouchet-Kubriashvili) a fait jeu égal avec celle composée de joueurs expérimentés (Montés, Jammes, Taumalolo) et n’a pas été pénalisée. De plus, tous les ballons sur introduction grenobloise ont pu sortir parfaitement. D’ailleurs, c’est sur l’un d’eux qu’est venu le deuxième essai grenoblois. Une mêlée qui avance, Lilian Saseras qui éjecte pour Lucas Dupont qui remet intérieur à Alaska Taufa. Une course rageuse, un plaquage cassé, un coup de rein, essai cinquante mètres loin ! 10 à 26 à moins de 10 minutes de la fin du match, celui-ci était plié.

Essai d’Alaska Taufa ( FCG)

Autre secteur de la conquête qui a bien fonctionné, c’est la touche, à l’exception de deux ballons perdus, d’où de bons lancements du jeu, plus et un ballon contré une touche dangereuse.

En somme le plan de jeu mis en place durant la semaine a parfaitement fonctionné, ce qui permet de rassurer de nombreux supporters quant aux capacités de cette équipe. Attention, cependant à ne pas trop s’enflammer, le marathon du Pro D2 ne fait que commencer. Nous n’en sommes qu’à la troisième étape, le chemin est encore long. La semaine prochaine, Grenoble reçoit Aurillac, qui après avoir enchaîné deux succès consécutifs, a été croqué à domicile par les Biterrois (20- 24). Je serai tenté de dire, pour reprendre les propos d’Urios, qui, après avoir félicité ses joueurs qui ont humilié les Castrais chez eux, disait : « humilité, humilité, buvez une bière, écouter de la musique, mais de la bonne. Lundi, on reprend le boulot, il y aura match la semaine prochaine ».

Au classement, les favoris se tiennent dans un mouchoir de poche. Grenoble est à deux petits points du leader oyonnaxien, défait chez les Bretons vannetais. Après trois journées, il n’y a plus aucune équipe invaincue. L’indécision sera de mise tout au long de la saison dans ce championnat Pro D2 qui s’annonce passionnant.

Protin Frédéric

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